Dans La fin des icebergs, Daniel Corbeil s’inspire des romans photo et du langage visuel de la bande dessinée pour élaborer, au moyen de maquettes, un récit photographique de science-fiction où deux groupes d’intérêts opposés s’affrontent autour d’un iceberg conservé à des fins scientifiques.
La fiction met en scène les actions directes d’un groupe de militants écologistes inspiré de Greenpeace, d’une part, et des opérations d’ingénierie technologique d’envergure visant à conserver artificiellement cette masse de glace, de l’autre.
Ces deux positions représentent deux types d’actions à l’opposé du spectre des réactions face aux changements climatiques : celles de militants reconnus pour leurs coups d’éclat médiatiques, et celles d’entreprises scientifiques ou commerciales mobilisant d’importants moyens techniques pour la protection d’une nature spectaculaire, mais réduite à ce statut d’image. L’une s’ancre dans le respect du caractère unique de la nature, l’autre dans une vision technologique « agile » faisant des conditions climatiques actuelles une occasion d’affaires ou de développement.

Interpellé par les questions éthiques que ces deux avenues soulèvent, Daniel Corbeil s’astreint plutôt, dans la confection des maquettes, à une consommation frugale de matériaux dont la plupart s’avèrent ré-utilisés. Pellicules plastiques, papiers et cartons, reprennent ainsi du service, de même que des formes servant à sécuriser des produits dans leur emballage, des contenants vides de toutes sortes et des composantes d’électroménagers. L’artiste se pose ainsi la question de sa responsabilité individuelle face aux enjeux actuels et explore les modalités de production alternatives qui s’offrent à lui. La minutie et le labeur chronophage consacrés à la réalisation des assemblages, exposés ou représentés dans ses photographies, attestent d’une certaine éthique de l’attention et du soin accordés aux choses. Leur revalorisation s’avère une autre manière de produire et de consommer.

Devant la situation actuelle, est-il en effet toujours possible de croire au développement durable, à la transition énergétique et à la responsabilité sociale des entreprises, ou encore à la portée cumulative des petits gestes individuels? Daniel Corbeil nous invite à dépasser les discours d’effondrement du monde ou de l’apologie de son salut grâce à la technique. Il nous encourage à nous poser des questions, à nourrir la discussion et la collaboration, ainsi qu’à chercher à développer une conscience collective autour de ces enjeux.
Face aux forces politiques et économiques, souvent complices dans la crise climatique et écologique actuelle, seule l’expression de voix citoyennes et l’engagement offrent un réel contrepouvoir.
Consultez le site web de l’artiste : https://danielcorbeil.com. L’onglet Projets en cours permet d’en apprendre plus sur ce corpus.
Consulter la page web Billets art et environnement de la Fondation Grantham : https://www.fondationgrantham.org/capsules-art-et-environnement (Capsule #17 pour ce texte)