Sonia Robertson. Territoire, souvenance et communauté d’esprits

Sonia Robertson, Umiku Nekaui-Assi | Sang de la terre-mère, 2014. Photographie : Paul Litherland pour le Musée d’art de Joliette

Ilnu de Mashteuiatsh, Sonia Robertson se consacre à un travail de mémoire ancré dans la guérison de blessures et de traumatismes, tant personnels qu’hérités du colonialisme québécois et canadien. Nourri de sa pratique d’art thérapeute, le lien spirituel qu’elle tisse avec le territoire s’inscrit au cœur de sa démarche.

Dans l’installation, Territoire à partager (2015), elle suspend un cercle de fils au-dessus de deux paniers contenant des plumes et des coquillages. Les plumes de bernache, espèce migratoire emblématique, renvoient au mode de vie nomade de son peuple, les Innu, alors que les coquillages, recueillis en territoire Mi’kmaq où l’œuvre fut d’abord présentée, servent de matière première pour les wampums. Ils consignent ainsi la mémoire collective et les liens entre les clans et les nations. Dans ce contexte symbolique chargé, les personnes qui visitent l’exposition sont invité·e·s à puiser dans les paniers pour attacher un objet de leur choix à la structure de fils, laissant ainsi de moins en moins de place pour d’autres interventions. Leur geste s’inscrit dans l’histoire qu’évoque l’artiste et épuise aussi peu à peu la matière première offerte. En cela, il invite à une prise de conscience des conséquences de la colonisation et de notre consommation de ressources, tout en rejouant un geste d’offrande au cœur des rituels des Premières Nations, symbolisant l’amorce d’une réconciliation avec eux.

Sonia Robertson, Territoire à partager, 2015 (détail). Photo: Marion Desjardins pour le Centre Matéria.

Avec Umiku Nekaui-Assi / Sang de la terre-mère, Sonia Robertson réfère au territoire au sens de « Nutshimit », que la poétesse Innu Joséphine Bacon définit comme un espace de ressourcement « sans limites, sans murs, sans adresse, sans frontières ». L’installation a été présentée au Centre d’exposition de Val-d’Or (2014), au Musée d’art de Joliette (2019), puis à Montréal, à La Guilde lors du festival Présence autochtone en 2021. À chacune de ces occurrences, l’artiste sollicite la participation de femmes des communautés autochtones des territoires où l’œuvre est présentée. Elle les invite à broder sur du papier des mots appelant à la guérison de l’eau, qu’elle dépose au pied d’une rivière de tulle déployée de manière magistrale dans les lieux d’exposition. L’artiste fait ainsi émerger au cœur de son installation le territoire naturel où se situent les institutions qui l’accueillent tour à tour. Elle y soulignela proximité des rivières Harricana et L’Assomption, ainsi que celle du fleuve Saint-Laurent. Fidèle à sa culture, elle invoque et vénère ces cours d’eau et l’ensemble du cycle de vie qu’ils représentent comme la force vitale et l’esprit de la terre mère. Elle nous invite à faire de même en s’inspirant de sa culture animiste, un modèle de résilience et bienveillance nécessaires face aux bouleversements actuels.

Sonia Robertson, Umiku Nekaui-Assi | Sang de la terre-mère, 2014. (détail) Photographie : Paul Litherland pour le Musée d’art de Joliette

Découvrir la démarche artistique de Sonia Robertson :
Consulter la page web Capsules art et environnement de la Fondation Grantham pour l’art et l’environnement, https://www.fondationgrantham.org/capsules-art-et-environnement, capsule #16 pour ce texte.